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Tournée des Lions, Finale du Top 14 : le parcours d’Eric Gauzins, un arbitre vidéo d’exception

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Tournée des Lions, Finale du Top 14 : le parcours d’Eric Gauzins, un arbitre vidéo d’exception

Éric Gauzins, arbitre vidéo (TMO) reconnu au plus haut niveau, nous plonge dans l’univers exigeant de l’arbitrage derrière les caméras. Fort de son expérience exceptionnelle lors de la tournée des Lions en Australie et de la finale du Top 14, il nous fait découvrir les missions de cette fonction indispensable au rugby moderne, où rigueur et sang-froid sont de mise. De ses débuts sur le terrain à son parcours d’arbitre jusqu’au plus haut niveau, Éric revient sur les étapes, l’engagement et le travail nécessaires pour atteindre cette position, tout en partageant son regard sur l’évolution de l’arbitrage vidéo et ses conseils aux jeunes qui aspirent à suivre ses pas.

Ces derniers mois, vous avez participé à deux événements marquants (Tournée des Lions – Finale du Top 14). Que retenez-vous de ces expériences ? L’approche est-elle la même ?

Ce que je retiens avant tout, c’est une grande fierté d’avoir pu être présent sur ces événements. Une finale, c’est toujours spécial. La Tournée des Lions l’est encore davantage : elle n’a lieu que tous les quatre ans. J’ai donc ressenti beaucoup de plaisir et d’honneur à y participer. Concernant l’approche, elle est à la fois la même et différente. La même, car ce sont des matchs à très gros enjeu, avec une énorme pression. Même pour des rencontres moins prestigieuses, nous travaillons toujours de la même manière : avec l’arbitre central et ses assistants, en suivant le protocole qui définit quand et comment intervenir. Ce protocole est strict : l’arbitre ne peut pas nous demander de faire l’inverse de ce qui est prévu. Mais il existe des subtilités, des affinités avec certains arbitres, et surtout le poids de l’événement. Dans une finale ou sur une tournée internationale, on sait que l’erreur est moins tolérable. La préparation doit donc être minutieuse pour que, le jour J, on ne parle pas de nous. La différence, c’est qu’une tournée, comme celle des Lions, implique plusieurs arbitres centraux et plusieurs TMO (arbitres vidéo) qui se partagent l’ensemble des matchs – neuf au total. La cohérence ne doit pas seulement exister d’un match à l’autre pour soi-même, mais entre tous les officiels. On passe donc beaucoup de temps à échanger, à revoir des situations et à se mettre d’accord sur des lignes directrices. Par exemple : si telle situation se reproduit la semaine prochaine, que décide-t-on ? Il faut absolument éviter qu’un arbitre tranche d’une manière et qu’un autre juge différemment la même action sept jours plus tard. C’est plus exigeant car la tournée s’étale sur un mois et demi, avec des matchs comparables : les mêmes équipes s’affrontent plusieurs fois. La cohérence doit donc être globale sur l’ensemble de la compétition, ce qui est encore plus pointu qu’une finale isolée.

En quoi consiste exactement votre mission pendant un match ?

Notre mission repose sur trois axes. Le premier est d’assister l’arbitre sur toutes les formes de jeu déloyal qui peuvent intervenir pendant le match et qu’il n’aurait pas vues. Le deuxième est la validation des essais, que ce soit parce que l’arbitre n’était pas bien placé ou qu’une faute est intervenue juste avant l’essai. Le troisième concerne le soutien que nous pouvons apporter en cours de match sur des erreurs qui ne justifient pas forcément un appel vidéo mais qui peuvent avoir un impact sur la rencontre. Dans ce cas, nous intervenons en direct, en « off », pour communiquer immédiatement nos observations à l’arbitre.

Par-dessus tout, il existe une règle d’or : il faut que ce soit clair et évident. Nous ne pouvons pas intervenir avec un doute. Quand nous décidons d’entrer, c’est parce que nous sommes convaincus que nous avons raison, même si, parfois, nous pouvons nous tromper.

Quelles qualités sont indispensables pour ce poste ?

Il faut savoir maîtriser ses émotions et rester neutre, même dans des situations inconfortables. Parfois, on hésite : dois-je intervenir ou non ? Si l’on se pose trop de questions, c’est sans doute qu’il ne faut pas appuyer. Il faut accepter cette incertitude.

Être au service de l’arbitre est essentiel, mais il faut aussi être au service du jeu, car l’arbitre peut lui-même commettre des erreurs. Enfin, il faut posséder une bonne connaissance du rugby, être capable de réagir rapidement et de prendre des décisions dans l’instant.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer du terrain à la vidéo ?

En réalité, ce n’était pas un choix volontaire. La limite d’âge m’a écarté du terrain. À partir de là, on m’a proposé de poursuivre comme arbitre vidéo. Je n’ai pas hésité et je ne le regrette pas. On pense souvent que la réussite est liée au talent, mais pour moi c’est 1  % de qualités intrinsèques et 99  % de travail. Il ne suffit pas d’avoir des prédispositions, il faut les travailler et les adapter aux exigences du haut niveau. C’est valable pour tout. Ce qui différencie un arbitre de très haut niveau d’un arbitre honorable mais moins reconnu, c’est ce petit pourcentage de talent en plus. Mais l’écart peut être largement réduit par le travail.

Comment avez-vous débuté dans l’arbitrage et quelles étapes vous ont mené au plus haut niveau ?

J’ai commencé par hasard. Après avoir joué un peu chez les jeunes, une blessure m’a éloigné des terrains. J’aurais dû reprendre après un an, mais, adolescent, j’ai préféré m’amuser plutôt que retourner à l’entraînement. Plus tard, j’ai voulu rejouer et j’ai signé dans une grande équipe parisienne. Je jouais en équipe 3, après huit ans d’arrêt. Mon niveau était faible, et quand, lors d’un match perdu 120-0, on ne m’a même pas fait entrer en tant que remplaçant, j’ai laissé tomber. Quelques années plus tard, en discutant avec mon beau-frère qui était devenu arbitre de football, je me suis dit « pourquoi pas ? ». J’ai signé ma première licence comme arbitre de rugby. Mais à mes débuts, j’étais très loin du niveau requis, il a fallu énormément travailler. Comme tous les arbitres, j’ai connu la difficulté d’être lâché au milieu d’un terrain. Depuis les tribunes, tout semble évident, mais sur le terrain, avec les joueurs qui courent et contestent, c’est beaucoup plus compliqué. Petit à petit, j’ai progressé : Fédérale 3, Fédérale 2, Fédérale 1, Pro D2, puis Top 14. Lorsque j’ai atteint l’âge limite pour les arbitres de champ, on m’a proposé de devenir arbitre vidéo. Cela fait maintenant 14 ans que j’occupe ce rôle, et 32 ans que je suis dans le rugby. Finalement, ma carrière d’arbitre vidéo a été plus prestigieuse que ce que j’aurais pu espérer comme arbitre central.

Comment voyez-vous l’évolution de l’arbitrage vidéo dans les prochaines années ?

Peut-être qu’un jour l’intelligence artificielle prendra le relais. Mais je pense qu’il restera toujours une part humaine indispensable. Lors des réunions de World Rugby, même avec les 40 meilleurs arbitres du monde, il existe toujours un ou deux cas où la moitié dira blanc et l’autre moitié noir. L’IA ne pourra pas résoudre cela. L’arbitrage vidéo a déjà énormément évolué. Au départ limité à la zone d’en-but, il s’est progressivement élargi à tout le terrain.

Pendant un temps, nous étions trop interventionnistes. Aujourd’hui, le système est plus cadré, notamment avec le « bunker » qui permet de requalifier certains cartons. C’est-à-dire que quand l’arbitre central détecte ou voit une faute qui mérite au moins un carton jaune, il envoie cette révision au bunker et c’est le bunker qui décide si c’est un carton jaune ou un carton rouge de 20 minutes. Je pense que ça, ça va peut-être tendre à disparaître parce que maintenant, ça a été bien légiféré sur le carton rouge permanent, le carton rouge de 20 minutes et le carton jaune. Donc je pense que les arbitres centraux sont à même de prendre la décision quitte à regarder un ou deux angles de plus de caméra.

Je pense qu’il va y avoir quelques évolutions, mais l’arbitrage vidéo est là pour durer. Avant son arrivée, on voyait régulièrement des gros titres lorsqu’un joueur commettait un en-avant juste avant d’aplatir, par exemple, et que l’essai aurait dû être refusé par l’arbitre central. La question était alors : « Pourquoi n’appelle-t-on pas la vidéo ? » Aujourd’hui, les gros titres ont changé : on se demande comment l’arbitre vidéo a pu ne pas voir une action. Le blâme s’est donc déplacé, mais cela montre surtout que l’outil est devenu incontournable. Je pense que nous sommes dans une situation assez stable. Je ne crois pas que l’on revienne un jour en arrière en réduisant l’arbitrage vidéo. Ce serait accepter l’erreur de l’arbitre central, avec parfois des conséquences énormes : un titre de champion de France, une qualification pour la Coupe d’Europe… Cela a un impact sportif, humain et aussi financier.

Tout mis en balance, je pense que l’arbitrage vidéo, tel qu’il existe aujourd’hui, est pérenne.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune arbitre qui vise le haut niveau ?

Un ami arbitre me disait récemment : « L’expérience est une bougie qui n’éclaire que celui qui la porte. » Cela signifie qu’il faut se forger sa propre expérience. L’ambition est nécessaire, mais il faut être conscient du travail que cela représente. Il faut écouter les conseils, mais aussi se construire sa propre opinion, notamment en revoyant ses matchs avec un regard critique. Le meilleur superviseur, c’est soi-même. Et surtout, il faut prendre du plaisir. Aller au milieu de trente joueurs survoltés tous les dimanches, devant parfois 500 spectateurs, demande d’aimer l’adrénaline. Sans passion, on ne va pas loin. Enfin, il faut de la chance. Être vu par la bonne personne au bon moment compte. Mais comme le dit une citation que j’aime beaucoup « On a toujours besoin de chance » et j’ai remarqué que plus je travaillais, plus la chance me souriait.

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